Humanisme & Cie

07 mai 2007

Mai 68, c'est aussi la fraternité

Dans son discours à Bercy, le 29 avril 2007, M. Nicolas Sarkozy fustigeait l'héritage de mai 68, voici un article paru dans le monde diplomatique de mars 2005

« Mai 1968 et ses vies ultérieures », par Kristin Ross

Quand étudiants et ouvriers fraternisaient

Que reste-t-il de Mai 68 ? Les souvenirs embrumés d’une « génération » qui essaie d’y trouver les causes de son propre reniement ? Pourtant, comme le rappelle Kristin Ross, universitaire de New York, dans un ouvrage édité par Le Monde diplomatique et Complexe, le soulèvement de 1968 fut avant tout l’occasion d’une extraordinaire jonction entre ouvriers et étudiants pour la remise en cause de l’ordre social.

Les représentations qui mettent l’accent sur l’austérité de la vie militante oblitèrent totalement un aspect qui ressort pourtant assez nettement comme un des souvenirs les plus marquants dans la plupart des récits d’activistes : le plaisir qui pouvait parfois naître de la simple abolition des frontières sociales, dans une société profondément compartimentée comme la France, où la communication, et a fortiori la communication subversive, ne s’établissait pas aisément d’un secteur à l’autre. Pendant ces semaines, des changements s’opérèrent, parmi lesquels la multiplication de ce que Jean-Franklin Narot (1) appelle la « rencontre » ; il ne s’agissait pas d’une réunion de quelque société secrète réservée à quelques initiés, mais plutôt du résultat de contacts et de relations entre des personnes qui, en raison des différences de statut social, culturel ou professionnel, n’étaient pas amenées à se rencontrer. Des petits détails à première vue anodins, mais qui donnaient l’impression que les intermédiaires et le compartimentage social avaient tout simplement volé en éclats.

Le récit de Martine Storti (2) ne manque pas d’évoquer le côté fastidieux de la vie militante, qui se cristallise pour elle dans la technique aujourd’hui obsolète du ronéotypage ; bien plus tard, le souvenir de cette expérience la submerge dans toute sa richesse sensorielle et émotionnelle le jour où elle découvre sa madeleine de Proust sous la forme d’un stencil non utilisé : « Et, plié au milieu des tracts, une relique, ce stencil vierge qui doit avoir une trentaine d’années. Il a conservé son odeur, cette odeur d’encre, de papier carbone, à la fois acide et douceâtre, poivrée et sucrée, odeur des heures, des journées, des nuits passées à tirer les tracts à la ronéo, avec (...) cette peur de voir arriver le moment où le stencil se déchirerait, parce qu’on avait mis trop d’encre ou que la ronéo avait tourné trop vite. Après avoir tenté, le plus souvent en vain, de recoller les morceaux déchirés et de tourner lentement la ronéo à la main, en espérant que le stencil tiendrait le coup jusqu’à la fin, il fallait retaper le texte sur un nouveau stencil, à deux doigts sur une vieille bécane. »

Son récit et ceux d’autres militants révèlent des plaisirs multiples, liés à la transgression physique et sociale, mais aussi à la possibilité de nouvelles amitiés ou complicités. C’est un plaisir, précise Storti, bien distinct du slogan révolutionnaire de Mai (« Jouir sans entraves »), dont elle se méfie, du reste, tout particulièrement, qui n’est pas non plus une fin en soi et qui, sur le moment, n’apparaît même pas nécessairement comme tel. Le plaisir de dépasser le compartimentage, physique ou social, est proportionnel à la dureté de la ségrégation sociale urbaine de l’époque ; les dialogues noués malgré cette ségrégation véhiculent un sentiment de transformation urgente, immédiate, vécue non pas comme une récompense future mais dans l’instant.

En 1978, Robert Linhart se souvient (3) : « Il y a une quinzaine d’années, les usines étaient un monde fermé, et il fallait être à l’affût des témoignages » ; une autre militante qui travaillait à la chaîne dans une usine écrit qu’avant son arrivée et celle d’autres intellectuels, « les ouvriers travaillaient dans les faubourgs de Paris, et les usines  semblaient aussi lointaines, aussi inapprochables que l’Algérie ou le Viêtnam (4) ». Même Jean-Pierre Thorn, réalisateur du documentaire Oser lutter, oser vaincre, consacré à la violente grève de Flins, se souvient d’une enfance et d’une adolescence marquées par une véritable ségrégation sociale : « Jusque 1968, je n’étais pas conscient des usines ou de la classe ouvrière. A cette époque, j’ai commencé à remarquer un monde impressionnant qui existait autour de nous, et qui avait le pouvoir de mener le pays à une paralysie en cessant de travailler. Les drapeaux rouges pendaient aux portes des usines. J’avais vingt ans, ce fut un choc (5). »

Claire, alors enseignante dans un lycée parisien, exprime, dix ans plus tard, l’émotion ressentie en voyant des barrières sociales réputées insurmontables enfin franchies : « Je rencontrais des ouvriers pour la première fois. Je n’en avais jamais vu. Sans blague, même dans le métro (...). Je n’avais jamais vu une usine (...). Tout d’un coup, j’ai vécu et je n’ai travaillé qu’avec des ouvriers : aussi bien des vieux mecs du Parti que des immigrés plus jeunes. Mes seuls vrais souvenirs de mai 1968, ce ne sont pas les manifs, mais, deux fois par semaine, les réunions chez les ouvriers. Les usines étaient en grève, occupées, on se réunissait pour “faire de la théorie”. Et on en faisait comme on pouvait en faire en 68 (...). J’étais bien. Et je croyais que ça allait durer. Je ne m’imaginais pas ce que, aujourd’hui, je suis bien obligée de constater : que, des ouvriers, je n’en verrais plus du tout (...). On était accueillis sans problème par le piquet de grève de l’usine, on nous faisait entrer sans problème dans les ateliers (6)... » Un autre militant raconte : « J’entrais en contact avec un tas d’autres gens, différents socialement (...), et il y avait entre nous beaucoup de chaleur humaine. Quand tu es militant, ce qui fait tout passer, c’est de se retrouver comme ce matin, à 4 heures, quand il fait beau, avec un motif commun qui échappe aux autres, avec ce bonheur d’être à un endroit où on ne devrait pas être, cette espèce de complicité (7). »

Un autre plaisir, plus accessoire peut-être, mais tout aussi authentique, accompagne ces déplacements transgressifs au-delà des frontières sociales, de l’autre côté du « mur » : celui de laisser tout derrière soi, de se délester des vains espoirs et du poids mort des habitudes qui ancrent les gens dans un lieu ou un rôle établis. Comme le notent Jacques et Danielle Rancière  (8), il s’agit d’un autre plaisir fréquemment passé sous silence dans les descriptions misérabilistes post-68 de militants « se mêlant aux travailleurs » : « L’intellectuel devait extirper de sa personne tout ce qui, dans sa parole ou dans son mode d’être, pourrait rappeler ses origines, tout ce qui, dans ses habitudes, le séparait du peuple. Idéal contradictoire qu’une vue rétrospective un peu trop simpliste a assimilé aux figures du boy-scoutisme ou de l’ascèse. Le calcul des plaisirs et des peines n’était pas à l’époque déficitaire. Laisser aux vieux partis et aux jeunes carriéristes le soin de cogérer les universités et de repeindre le marxisme aux dernières couleurs épistémologiques ou sémiologiques pour pénétrer dans la réalité de l’usine ou dans l’amitié des cafés et des foyers d’immigrés n’avait rien de si lugubre (on le sentirait au moment des retours). Le service du peuple n’était en un sens que l’autre nom du dégoût effectif pour la poursuite, d’un côté ou de l’autre de la chaire, des exercices universitaires. La transformation de l’intellectuel put ainsi être vécue comme une réelle libération. »

Si le plaisir fut surtout goûté après coup, ressenti de manière indirecte et principalement au moment pénible de la reprise et du retour à ses propres habitudes ou dans son propre milieu, il n’en fut pas moins fort. Parmi les récits d’établis, intellectuels ou militants qui passèrent parfois des années à travailler dans les usines, on trouve bien peu d’éléments étayant cet autre cliché misérabiliste qui décrit les militants adoptant le style de vie des ouvriers, voire souffrant d’une sorte de besoin pathologique de devenir réellement des leurs. (...) Au contraire, un établi souligne : « La seule chose qui m’intéressait, c’était de trouver des ouvriers pour assurer le relais politique. Je ne voulais surtout pas me mettre à leur place (9). » « Pour nous, l’établissement n’a jamais été une mesure de purification, c’est une mesure politique (10). » « J’étais bien à l’usine ; je n’y étais pas parti pour oublier ma condition d’intellectuel mais pour faire se rencontrer des gens d’origines différentes. Je voulais travailler de l’intérieur et surtout ne pas brûler tous mes vaisseaux sitôt arrivé (11). »

Quelquefois même, comme ce fut le cas début mai, on découvrait que la distance séparant les ouvriers des étudiants n’était pas si grande que cela : « Mai 1968 est arrivé. Le monde étudiant était déjà loin après ces quelques mois passés à l’usine. Après la manifestation du 13 mai, Renault s’est mis en grève ; le 15 ou le 16, l’occupation de notre usine était décidée. (...) Une vraie petite guerre de l’intérieur, qui a duré six semaines... J’étais d’autant plus à l’aise dans cette atmosphère qu’à l’époque les ouvriers “s’intellectualisaient”, on se rencontrait à mi-chemin de nos trajets respectifs. Les jeunes de l’usine allaient sur les barricades et à la Sorbonne (12). »

Peut-être Daniel Bensaïd (13) a-t-il raison lorsqu’il suggère que tous les accoutrements symboliques du début de Mai (manifestations pseudo-insurrectionnelles, forêts de drapeaux noirs, barricades, occupations de campus), inspirés des traditions de lutte ouvrière, doivent être compris comme un ensemble sémantique, un langage par lequel le mouvement étudiant cherchait à s’adresser aux ouvriers sans passer par des leaders bureaucratiques, à créer une communication entre deux mondes jusque-là fermés l’un à l’autre. Un slogan comme « CRS = SS », scandé par les étudiants dès le 3 mai, alors que seuls les gendarmes avaient été appelés à la Sorbonne, pourrait bien être interprété comme un acte de conjuration. En un sens, les étudiants noircissaient la situation, puisque les CRS n’étaient pas encore là, en poussant les choses à l’extrême. Mais ils interpellaient aussi les travailleurs, encore absents, en empruntant leur langue. Le slogan avait été utilisé pour la première fois par des mineurs en grève en 1947-1948, juste après la création des CRS par le ministre de l’intérieur socialiste, qui avait fait appel à eux pour casser la grève.

Au commencement de la grève générale, à la mi-mai, le comité d’action travailleurs-étudiants des environs de Censier s’assigna la tâche de créer des liens entre l’université et les usines. Censier était un peu en dehors des sentiers battus pour les journalistes, qui s’intéressaient davantage à la Sorbonne et au Théâtre de l’Odéon, ces grands amphithéâtres du délire verbal. Les documents confirment l’existence d’une coopération entre jeunes étudiants et ouvriers pendant la grève. Mais, à Censier, le déplacement fonctionnait dans l’autre sens : ce n’étaient pas les étudiants qui allaient vers les ouvriers, mais l’inverse. Ils étaient attirés par les possibilités matérielles des lieux : locaux ouverts à toute heure, ronéos, main-d’œuvre disponible pour des liaisons, des travaux d’imprimerie, des débats, etc. C’était un espace distinct de la vie syndicale dans les usines, où les ouvriers étaient confrontés à d’inexplicables interdictions, réticences, contrôles, surveillances et manœuvres de toutes sortes. A force de rédiger des rapports, de désigner des porte-parole, de fournir une aide matérielle aux grévistes, Censier devint un centre de coordination et de liaison dont l’efficacité fut parfois réelle. Son existence prévient tout déni ironique de la mythologie ouvrière souvent attribuée à Mai, de même qu’elle mine l’opinion selon laquelle la grève s’est développée de manière autonome, sans aucun lien avec le mouvement étudiant, affirmant que leur simultanéité n’était que pure coïncidence.


(1)  Psychanalyste. Auteur de « Mai 1968 raconté aux enfants. Contribution à la critique de l’inintelligence organisée », Le Débat, n° 51, septembre-novembre 1988.
(2)  Militante en 1968, puis journaliste à Libération, Martine Storti a écrit Un chagrin politique : de mai 68 aux années 80, L’Harmattan, Paris, 1996, p. 52.
(3)  « Evolution du procès de travail et lutte de classe », Critique communiste, 1978. Dirigeant maoïste, Robert Linhart a tiré de son expérience d’établissement en usine un livre intitulé L’Etabli, Editions de Minuit, Paris, 1978.
(4)  Jenny Chomienne, citée par Virginie Linhart dans Volontaires pour l’usine. Vies d’établis, 1967-1977, Seuil, Paris, 1994, p. 102.
(5)  Jean-Pierre Thorn, cité par Virginie Linhart dans, op. cit., p.190-191.
(6)  Claire, institutrice, citée par Libération, 19 mai 1978.
(7)  Militant anonyme, cité par Bruno Giorgini dans Que sont mes amis devenus ? (Mai 68-été 78, dix ans après), Savelli, Paris, 1978, p. 50.
(8) Danielle et Jacques Rancière, militants maoïstes, puis philosophes, « La légende des philosophes (les intellectuels de la traversée du gauchisme) », Révoltes logiques, 1978.
(9)  Nicole Linhart, citée par Virginie Linhart, op. cit., p. 119.
(10)  Georges, ouvrier-ingénieur, cité par Michèle Manceaux dans Les Maos en France, Gallimard, Paris, 1972, p. 63.
(11)  Yves Cohen, cité par Virginie Linhart, op. cit., p. 181.
(12)  Danièle Léon, citée par Virginie Linhart, op. cit, p. 123
(13)  Militant trotskiste et philosophe.

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ARMENIE ET DARFOUR : CONTRE LE CYNISME DES GENOCIDEURS

darfourPar Armen SEROPYAN, Représentant de la Nouvelle Génération Arménienne (F.R.A. Nor Seround), Administrateur du Collectif Urgence Darfour, le samedi 21 avril 2007.

La commémoration du génocide arménien va se dérouler jusqu’à la fin du mois d’avril dans le monde entier. A cette occasion les organisations arméniennes relaieront l’urgente nécessité d'agir pour le Darfour. En France, où a lieu l’année de l’Arménie, de nombreuses manifestations sont organisées, auxquelles le Collectif Urgence Darfour a été invité à participer. Nous donnons ici la parole à Armen Seropyan, représentant de la Nouvelle génération arménienne et administrateur du CUD.

Du témoignage à la complicité, de l’indifférence au silence approbateur, quelle attitude adoptent de nos jours les citoyens de France et d’Europe, les protégés de la démocratie, face à l’horreur de la situation au Darfour ? Certains ignorent le drame et ne se sentent pas concernés personnellement par ce qui se passe là-bas, si loin, on ne sait où dans un recoin de l’Afrique. D’autres, ne constituant hélas qu’une extrême minorité, ont compris que la notion de responsabilité de protéger ne s’articulait pas nécessairement autour de l’individualisme, et devait se mettre au service de la collectivité par-delà les frontières géographiques et différences culturelles. Ceux-là s’informent, sensibilisent, mobilisent et demandent des comptes à leurs représentants politiques.

Parmi eux, on retrouve les descendants des victimes de génocide. Héritiers d’un passé traumatique, ils ont le devoir de rappeler la souffrance des peuples et d’alerter sur les perversions du genre humain à chaque fois que des populations sont menacées. Cette affectivité est très forte pour les héritiers du génocide arménien, dont les blessures du passé se creusent, d’année en année, des supplices de la torture négationniste. Les images des atrocités du Darfour renvoient au récit des ancêtres, et l’empathie prend place avec une aisance surprenante. C’est ainsi qu’à la Nouvelle génération arménienne (FRA Nor Seround) nous avons fait nôtre ce combat pour une véritable prise en considération des exactions au Darfour. La similitude de ces causes est frappante et transparaît par le cynisme accablant dont font preuve les gouvernements turc et soudanais, pour masquer leurs crimes respectifs. Au sein de la Nouvelle génération arménienne nous sommes donc en état d’alerte. Mais si notre passé, nous prédestine à honorer notre devoir républicain de solidarité envers les peuples victimes de crime contre l’humanité, comme c’est le cas au Darfour, nul ne devrait s’en dédouaner. Il convient aux jeunes générations de défendre une conception humaniste et fraternelle des relations entres les peuples.

Alors que les cris étouffés des Tutsis du Rwanda raisonnent toujours dans l’inconscient des peuples, une nouvelle hémorragie humaine ne peut pas, de nouveau, demeurer abandonnée. Témoins des massacres, impassibles devant l’horreur, ces comportements de la part des bénéficiaires de la démocratie ne peuvent plus être tolérés. La fraternité ne peut se limiter à un ornement constitutionnel. Chacun est responsable du devenir de l’humanité ! Alors que faire ?

Premièrement dénoncer. Dénoncer les exactions contre les populations évidemment, mais aussi le harcèlement que subit l’aide humanitaire, dénoncer aussi les intérêts géopolitiques polluant la réponse internationale. Une situation où le droit international, celui du plus fort, permet à Khartoum de rejeter les appels des Nations unies avec l’appui de la Chine et d’autres nations amies.

Secondement agir. Agir pour envoyer des troupes sous mandat international afin de faire cesser les combats à sens unique et protéger les travailleurs humanitaires. Mais aussi, car les problèmes sont liés, œuvrer pour une véritable instauration d’un droit supranational qui ne permette pas aux dirigeants, comme ceux du Soudan, de prétexter, comble de mauvaise foi, la souveraineté des frontières pour empêcher l’intervention internationale.

Cette procédure d’urgence doit intervenir immédiatement pour stopper les massacres des populations soumises à un danger permanent au Soudan. Conscients que les cris de souffrance émanant du Darfour nécessitent une réponse immédiate, nous avons fait le choix à la Nouvelle génération arménienne de participer à l’action du Collectif Urgence Darfour. Une démarche humaniste, républicaine et universelle dans laquelle nous nous insérons avec fierté, responsabilité et espoir. Nous sommes en effet convaincus que l’action pluraliste et collective, riche des histoires des uns et des autres, permettra de briser les tabous, de repousser les frontières de la « realpolitik » et d’atteindre l’horizon qui est nôtre : la cessation du crime contre l’humanité au Darfour.
urgence_darfour 

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05 mars 2007

Raymond BARRE, le "lobby juif", Maurice PAPON et les "Français Innocents": dérapage?

Dans une interview diffusée le 1er mars dans l'émission « le rendez-vous des politiques » sur France Culture, l'ancien premier ministre dénonce « la campagne qui a été faite par le lobby juif le plus lié à la gauche » en 1980 et considère qu'on a fait de Maurice Papon un « bouc émissaire ». L'intégralité des propos de l'ancien Maire de Lyon sur Papon, l'attentat de Copernic et Bruno Gollnisch, (suite)

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24 janvier 2007

Assassinat d'un journaliste en Turquie: un crime négationniste

Qui a tué Hrant Dink ?

Par Vicken Cheterianturquie

 

Hrant_dinkLe 19 janvier 2007, Hrant Dink, le directeur de publication de l’hebdomadaire turco-arménien bilingue Agos, a été froidement abattu de trois balles dans la tête alors qu’il quittait son bureau à Istanbul. Cet assassinat a suscité la consternation et une vague de condamnations en Turquie, au sein de la communauté arménienne, et dans le monde. La photo du corps de Hrant Dink enveloppé d’un drap blanc maculé de sang est immédiatement apparue sur les premières pages des sites Internet, et a fait la une des journaux télévisés et des principaux quotidiens turcs. Le premier ministre Tayyip Erdogan a de son côté déclaré que c’était la « liberté d’expression en Turquie » qui était visée par ce crime. Plusieurs centaines de manifestants se sont spontanément rassemblés sur les lieux du meurtre et ont scandé : « Nous sommes tous Hrant Dink » et « Etat assassin ».

Né à Malatya il y a cinquante-deux ans de parents arméniens, Hrant Dink était arrivé à l’âge de 7 ans à Istanbul, où il avait poursuivi ses études universitaires et s’était engagé dans des cercles politiques de gauche, ce qui lui valut d’être emprisonné à trois reprises. Le journaliste d’origine arménienne appartenait à cette nouvelle génération courageuse de Turco-Arméniens désireux de faire connaître au grand public les opinions, difficultés et souffrances des minorités turques, et plus particulièrement de la communauté arménienne. En 1996, avec un groupe de proches partageant les mêmes convictions, il fonda l’hebdomadaire bilingue turco-arménien Agos, dont l’influence allait s’étendre bien au-delà des 6 000 exemplaires diffusés chaque semaine.

Hrant Dink ne s’est pas contenté de défendre les valeurs de la démocratie et de la liberté d’expression, il les a également mises en pratique dans un contexte général plutôt austère. Il a été le premier Arménien de Turquie à qualifier le massacre d’Arméniens de 1915 de « génocide ». Ses prises de position courageuses se sont heurtées à l’hostilité de l’Etat turc et du ministère public. Il a été victime d’une campagne massive orchestrée par des hommes politiques et des organes de presse de la mouvance nationaliste dominante.

En vertu du tristement célèbre article 301 du code pénal turc, un tribunal d’Urfa l’a poursuivi en justice pour avoir déclaré au cours d’une conférence « Je ne suis pas Turc, mais un Arménien de Turquie », et il a été condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir tenu dans une chronique de son journal des propos qualifiés d’« insulte à l’identité turque ». Cette campagne de calomnies sponsorisée par l’Etat contre une frange d’intellectuels turcs qui ont osé briser le dogme officiel a été si loin que des ministres ont qualifié les agissements du journaliste de « coup de poignard dans le dos » et que des médias l’ont qualifié de « traître ». Dans sa dernière chronique publiée dans Agos, Dink avait exprimé sa profonde tristesse de voir son ordinateur saturé de messages de haine et de menaces, et il envisageait de quitter le pays « tout comme le firent nos ancêtres en 1915… Sans savoir où nous allions… Marchant sur les mêmes routes qu’ils avaient autrefois parcourues… subissant les mêmes supplices et connaissant les mêmes souffrances… ».

Mais Hrant Dink souhaitait rester en Turquie, dans le pays où étaient nés ses ancêtres, et il nourrissait l’espoir que la Turquie rejoindrait un jour l’Europe. Pour lui, la reconnaissance du passé de la Turquie — avec, en première ligne, la reconnaissance officielle du génocide arménien — ne pouvait se faire qu’à travers un processus douloureux de démocratisation de la société turque. Dans tous les forums arméniens auxquels il a participé, il a toujours mis l’accent sur le processus de démocratisation de la société turque plutôt que sur la reconnaissance du génocide par les Etats étrangers.erdogan_turquie

Hrant Dink était à la fois une figure prépondérante de la communauté arménienne de Turquie et une passerelle entre les communautés turque et arménienne, entre la Turquie et l’Arménie. Il faut rappeler également que depuis treize ans, la Turquie rejette toute relation diplomatique avec l’Arménie, et refuse d’ouvrir ses frontières avec ce petit Etat isolé.

La police turque a arrêté un adolescent qui a déjà avoué son crime. Mais des proches du journaliste soutiennent qu’il n’est pas le seul coupable ; ce sont aussi les constantes persécutions, les procès et campagnes de dénigrement contre Dink qui ont créé l’atmosphère de haine propice à ce meurtre.

De très nombreux manifestants se sont rassemblés à Istanbul — où jusqu’à dix mille personnes ont défilé la nuit du meurtre — ainsi qu’à Ankara et dans plusieurs villes turques pour condamner ce meurtre.

Durant ces quinze dernières années, dix-huit autres journalistes ont été assassinés en Turquie, et douze sont actuellement emprisonnés.

 

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30 décembre 2006

Execution de Saddam Hussein: une erreur pour la démocratie

 
    A l'heure ou sa justice s'apprêtait à exécuter Saddam Hussein, la société Irakienne se heurtait àirak_flag l'un de ses premiers choix fondamental dans son orientation.
En condamnant son dictateur à mort, cet Etat voué au renouveau ne s'est pas déterminé dans le sens de la démocratie.
Mais faut-il blâmer l'Irak dans le jugement de son dictateur?

Saddam_Hussein_tribunal_IrakPrisonnier de l'armée Américaine, le "Raïs" fut jugé officiellement par des juges internationaux.
La cour international qui a jugé Saddam Hussein ne bénéficie malheureusement d'aucune légitimité en droit International. De plus, un grand nombre des règles de procédure inhérentes aux tribunaux internationaux n'ont pas été respectées (
le non respect du droit à un procès équitable dont doit bénéficier tout accusé notamment). Le jugement de l'ex chef d'Etat de l'Irak est anti-démocratique jusque dans sa sentence.
En effet, la peine de mort est fondamentalement contraire à la dignité de l'être humain
  proclamée par la Déclaration universelle des droits de l'Homme et aucune juridiction pénale internationale contemporaine, y compris la Cour pénale  internationale, n'autorise la peine capitale.
Ainsi, la qualification des massacres et autres exactions commise par le dictateur seront entachés par une justice bâclé et une sanction contraire aux droits de l'homme.

Outre la Justice et l'ordre humain, ce sont les Kurdes et partant, l'ensemble du peuple Irakien qui pâtissent de cette décision.

La mémoire des victimes du régime de Saddam Hussein méritait une autre justice, celle digne de s'inscrire avec un "J" majuscule.

L'exécution du dictateur ne répondra pas à la légitime volonté de justice des victimes; loin d'apaiser L'Irak d'aujourd'hui en imposant un ordre démocratique, c'est celui de la barbarie  qu'elle perpétue.

Cette condamnation traduit l'échec de l'administration Bush a instaurer la démocratie par la force en Irak, tant le procès et sa sentence semblent être dictés par les Etats-Unis. Washington entend ainsi se débarrasser d'un personnage compromettant tout en justifiant son intervention par une pieuse mission de justice; ceci au dépend de la lutte contre l'impunité et la primauté du droit.

Il fut pendu en ce matin du 30 décembre 2006, jour de célébration de la fête religieuse de l'Aïd El-Kebir
qui marque chaque année la fin du pèlerinage à La Mecque par les musulmans.  Cette fête, aussi appelé la fête du sacrifice (`îd al-Adha), commémore la soumission d'Abraham  à Dieu , lorsque le patriarche était prêt à sacrifier son fils aîné sur son ordre, ce qui lui valut d'être considéré par le Coran comme  le premier des musulmans.
Celui qui voulait incarner l'union du monde Arabe, et unir un front anti-Américain (il fit notamment inscrire la devise religieuse
"Allahu Akbar" -Dieu est Grand, sur le drapeau Irakien peu avant l'invasion Américaine), est mort comme le héros du peuple qu'il souhaitait paraître. Pour ses partisans c'est un chef d'Etat qu'on a assassiné mais  pour son peuple, il restera que partiellement jugé.
Par cette condamnation à mort , on érige l'autocrate en "martyr", qui "se sacrifie pour son peuple" et "contre ses ennemis".

Le jugement pour crime contre l'humanité de Saddam Hussein devait être l'acte de naissance d'un Irak démocratique, il n'en fut rien...


                                                                                                                     
Yériché GORIZIAN

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17 octobre 2006

Légion du déshonneur


Vendredi 22 septembre, le président Français a décoré le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, de la légion d’Honneur dans un contexte où en Russie, les libertés s'amenuisent, au fur et à mesure que l'économie tant à s'améliorer.russie

 

 

 La démocratie a ses valeurs que la raison d’Etat ignore. Le respect des peuples qui figure parmi celles-ci ne semble ainsi pas avoir  trop troublé le Président Français dans sa nouvelle amitié médiatique avec son homologue Russe.

Cette « opération séduction » diplomatique, a entraîné le Président Chirac à décorer Vladimir Poutine de l'Ordre de la Légion d'honneur, le vendredi 22 septembre 2006. Si cette cérémonie, parée du faste et du feu des lumières des salons de l’Elysée, a été diffusée en boucle sur les Télévisions russes, nos grandes chaînes nationales ont fait montre d’un silence éloquent. Pas un mot dans nos journaux télévisés à propos de l’indignation des Organisations Non Gouvernementales, qui protestèrent vivement suite à l’attribution de la plus haute distinction Française, au chef de l’exécutif russe. Selon l’Elysée, « Vladimir Poutine a rendu des services aux causes que la France défend » et par conséquent, cette promotion ne peut souffrir d’aucunes contestations…

Il ne fait pas de doute que cette dignité, depuis quelques années, a largement perdue de son prestige tant elle a été attribuée à «tout le monde » (Johnny Hallyday, Fabien Barthez, Guy Roux, Erdogan Teziç). Or, monsieur Vladimir Poutine n’est pas « tout le monde ». En effet, selon Reporters Sans Frontières, 21 journalistes ont été assassinés sous la présidence Poutine. Le cas de la journaliste Anna Politkovskaïa en est une illustration ; connue pour sa couverture sans concession du conflit tchétchène et sa dénonciation des violations des droits de l'Homme en Russie, elle a été tuée le 7 octobre 2006. Cet exemple est d’autant plus édifiant que, la liberté de la presse, le conflit tchétchène et les droits de l’homme, sont les sujets tabous par excellence en Russie.

poutine_chirac_l_gionLe président Français ne l’a pas caché, la Russie est envisagée comme un partenaire stratégique sur de nombreux points, au premier rang desquels, l’énergie.

Dans une économie mondiale où l’énergie joue un rôle clé, il est une nécessité d’avoir de bon associé en la matière. Ainsi, monsieur Jacques Chirac œuvre pour la sécurité énergétique du pays en se rapprochant de son homologue de Russie qui contrôle une grande partie des entreprises gazières. Car, lorsque le pétrole devient moins rassurant, le gaz se pose comme une alternative (à court terme). Le président de la Républiquese lance à l’assaut d’un secteur stratégique pour l’avenir, alors que dans le même temps, le gouvernement vend GDF (Gaz de France) qui en plus d’être une grande entreprise du secteur, était une garantie de la maîtrise par la France de son indépendance énergétique.

Ce rapprochement, s’il est légitime sur le plan économique, ne fait que brader un peu plus l’éthique démocratique de notre exécutif.

 

Les services de l’Elysée expliquent ce qui ressemble à une courbette diplomatique en prétextant une pratique tendant à ce que la légion d’honneur soit fréquemment décernée aux chefs d’Etats étrangers, en signe d’amitié diplomatique (1). Voilà de quoi nous rassurer et susciter la jalousie chez d’autres chefs d’Etats, du niveau de monsieur Poutine en matière des droits de l’Homme.

 

Ce non- événement par sa faible médiatisation en France, n’est qu’une humble démonstration que la raison des Etats ne suit pas toujours les aspirations des peuples. Nos grandes démocraties assènent aux peuples du monde que leur modèle est le bon et qu’elles sont le lieu d’harmonie, de paix et de prospérité. Mais cette dernière vertu a un prix que les plus faibles paient parfois de leur vie.

Outre la primauté des principes des droits humains qui est, une fois de plus, évincée par le geste du Président de la République, c’est les citoyens de notre démocratie qui sont quelque peu déshonorés par cette légion.

                                                                                                               Yériché GORIZIAN

 

Vidéo de la décoration du président de Russie sur :

http://webcitoyens.over-blog.com/article-4717273.html

ou http://www.dailymotion.com/video/xpkhs_legion-dhonneur-poutine

 

 (1) «  il y a une tradition républicaine qui fait qu'on donne la plaque de Grand Croix de la Légion d'Honneur aux chefs d'Etat étrangers et que, par conséquent, il ne faut pas y attacher une importance particulière ou une raison morale ».

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